Quand ça vous tombe dessus...
Cet après-midi, dans le métro, est venu s'asseoir en face de moi, légèrement en décalé, un gosse d'une vingtaine d'années. D'une beauté à couper le souffle. Des traits ciselés, des yeux clairs en amande, des cheveux châtains un peu longs et ondulés, une bouche bouleversante, des mains magnifiquement dessinées. Grand, un corps à l'avenant du visage, une manière de se tenir et de se mouvoir à donner des frissons. Il était sain, il était net, il était beau de partout. Il était plongé dans un journal et j'ai eu tout le loisir de le dévorer des yeux jusqu'à plus soif pendant quinze bonnes minutes. Et durant tout ce temps, je n'ai pas cessé de me dire que j'aurais tellement aimé avoir un fils à son image. Je n'ai pas cessé de me demander à quoi aurait ressemblé mon enfant, mes enfants, leurs visages, la couleur de leurs yeux, la douceur de leur peau, leur manière de penser, de grandir, leur façon d'évoluer. Je n'ai pas cessé d'imaginer ce qu'ils auraient pu hériter de moi, de bon ou de mauvais, je n'ai pas cessé de deviner du fond de mes tripes cet amour d'une mère pour ses enfants, et la formidable et incomparable richesse de recevoir l'amour de ses enfants. Et je n'ai pas cessé de hurler en moi-même de douleur de ne pas avoir eu le droit de connaître ça. A un moment il a levé les yeux et m'a regardée, j'ai croisé son regard franc et plein de douceur. Même son âme semblait belle. Et puis il m'a souri, un sourire à la fois si timide et éclatant, et triste, comme s'il avait deviné mes pensées. Je lui ai rendu son sourire, il était irrésistible. Je me suis levée, ai réfréné mon envie de lui caresser la joue et suis descendue de la rame. Ce n'était pas ma station mais il m'était impossible de rester là plus longtemps. Est-ce qu'un jour j'arriverai à surmonter ça ? Est-ce qu'un jour enfin je cesserai d'être déchirée par cet absolu et immense sentiment de manque au si amer goût de jamais... ?
